En redescendant du sommet du Mont Takao (pour le récit de l’ascension, c’est ici), nous avons pris le chemin le plus fréquenté, celui qui passe par le temple Yakuo-in. Normalement, les pèlerins vont de la gare vers le sommet en traversant le temple, nous avons fait le contraire et donc pris le temple « à l’envers », en sortant par la porte d’entrée.

keidai_map_en1(source : site internet officiel du temple Yakuo-in)

Pour faire un peu d’histoire (et d’après le site officiel du temple), le premier temple a été construit à cet endroit en 744 de notre ère sur l’ordre de l’empereur Shomu pour servir de base au Bouddhisme dans l’est du Japon. En effet, au VIIIè siècle, les empereurs japonais basés à Nara ne contrôlent pas encore l’ensemble de l’archipel nippon et tournent leurs efforts de domination vers l’est. Cette domination passe par le politique, le militaire mais également le religieux.
Le temple est restauré à la fin du XIVè siècle par un moine de Kyôto. Il devient alors un des principaux établissements de la secte Shingon (au Japon, « secte » veut dire « école » lorsqu’il s’agit du Bouddhisme). La secte Shingon est une des deux sectes pratiquant le Bouddhisme ésotérique au Japon, ce qui veut dire que le commun des mortels ne peut comprendre ses enseignements sans avoir été initié à des mystères (pour faire très simple). La divinité principale du temple est Izuna Daigongen qui serait apparue au moine, qui a restauré le temple au XIVè siècle, durant un rituel. Cette divinité apporterait joie et sécurité dans la vie quotidienne et protégerait ceux qui la prient.
Comme les japonais sont à la fois shintoïstes et bouddhistes (les deux religions n’ont d’ailleurs été clairement séparées que dans la seconde moitié du XIXè siècle, suite à une volonté politique nationaliste de créer une religion d’état « indigène », le Shintô), il y a aussi de petits sanctuaires (shintô) dans l’enceinte du temple (bouddhiste), dont un dédié au tengu du Mont Takao. Les tengu sont des êtres fantastiques, dépeints avec un très long nez ou un bec d’oiseau, issus du folklore japonais qui ont été intégrés par le Bouddhisme. S’ils étaient avant tout considérés comme des êtres maléfiques par le passé, ils sont aujourd’hui vu plutôt comme des divinités protectrices, c’est le cas du tengu du Mont Takao.

about_tengu(source : site internet officiel du temple Yakuo-in)

On trouve également un sanctuaire (donc shintô) dédié à Inari, la divinité du riz, extrêmement populaire au Japon. On reconnait toujours un sanctuaire dédié à Inari aux effigies de renards que contient le sanctuaire. Ces animaux sont considérés soit comme les messagers de la divinité, soit comme une des formes de la divinité elle-même.

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Remarquez devant l’autel un kagami mochi dont je vous avais parlé ici.

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Le premier bâtiment que nous croisons est le Fudo-do, un petit édifice construit à la fin du XVIIè siècle et classé bien culturel tangible.

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Puis vient le Izunagongen-do, construit 1729 et 1753 et également classé en tant que bien culturel tangible. Ce bâtiment rouge arbore de nombreux bas-reliefs peints absolument magnifiques.

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Puis nous descendons vers la partie principale du temple avec le grand hall, orné de dragons et d’un masque géant de tengu devant lequel siège un énorme brûle-encens. La fumée de l’encens permet de se purifier l’âme et le corps.

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Je ne peux pas vous décrire la fonction de tous les bâtiments présents car je n’ai pas trouvé d’information précise ni sur place, ni sur internet. J’ai beaucoup aimé la fontaine pour se purifier à l’entrée du temple, avec son bac en pierre et ses louches en métal qui jouaient avec les rayons du soleil.

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Il y avait également (comme souvent) une boutique pour acheter des omamori, des talismans, pour se protéger de diverses choses ou pour attirer la chance (pour réussir ses examens notamment).

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Et une fontaine pour y laver son argent et prier les divinités de le faire fructifier. Pour cela il suffit d’utiliser les petits paniers à disposition au bord de la fontaine.

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Puis nous passons la porte d’entrée (à l’envers, donc) et reprenons notre périple vers la gare de Takaosan guchi. La route est goudronnée et bordée de lanternes et d’une impressionnante enfilade de plusieurs centaines de mètres de long de petites tablettes de bois accrochées sur des supports, mentionnant tous les donateurs du temple.
Enfin, nous croisons également une célébrité du Mont Takao : tako sugi, le cèdre-poulpe, nommé ainsi parce que ses racines rappellent les tentacules de la créature marine. C’est d’ailleurs pourquoi on trouve des statues de poulpe un peu partout dans le temple Yakuo-in alors que nous sommes quand même très loin de l’océan.

Cet arbre porte un gohei, une corde en paille de riz à laquelle sont accrochées des bandelettes de papier blanc, ce qui signifie que l’arbre est un kami, une divinité du Shintoïsme.

Nous rentrons tranquillement chez Ryoko après avoir déposé Julian, son neveu, chez lui. Nous sommes le 31 décembre mais il n’y aura pas de fête ce soir. En effet, les japonais fêtent le Jour de l’an le jour même et en famille. Pour demain, Ryoko m’a proposé d’aller voir le premier soleil de l’année se lever comme il est de coutume. Donc, pour une exceptionnelle fois, je vais me lever à 6h du matin un 1er janvier !

 

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